Jean-Michel Girouard

J’ai envie de toi, mon pays

Une odeur de fête nationale flotte dans l’air. Une odeur qui chatouille mes narines avec ses arômes de liberté. J’ai des fourmis identitaires partout dans le corps. Malgré les milliers d’hommes et de femmes enveloppés de bleu et de blanc qui te chantent, te dansent, qui te boivent leur appartenance, tu me manques, mon amour. J’ai envie de toi, mon pays.

Couchons-nous dans un lit, un gigantesque lit de taïga et d’herbes folles. J’ai envie, ce soir, de t’avoir à moi tout seul. Ce soir, nuit de noces patriotique, je veux te prendre en entier, avec passion, te prendre comme on prend une femme amoureuse. J’ai la libido nationale en feu. Laisse-moi caresser tes monts et tes vallées. Ta peau boréale, ta peau Blanc Sablon goûte l’écorce d’érable et de bouleau blanc. Ton dos Laurentien me fait rêver de nuits à la belle étoile et de chasse-galerie. Je m’agrippe des deux mains à tes fesses Appalaches. Tes seins doux comme les plages de Tadoussac et de Mistassini m’enivrent. J’embrasse ton ventre, terre chaude, terre riche où cultiver pommes, enfants et espoirs de pays libre. Tes yeux de Matapédia me font voir des centaines de lacs, de rivières et de bains de minuit. J’embrasse ta bouche sauvage d’Anticosti, ta langue en forme de Gaspésie, ton haleine de Saint-Laurent. Je fais de mes doigts s’embraser ta Baie des chaleurs, de mes lèvres frémir ton Lac St-Jean, de ma langue durcir ton île d’Orléans. J’entre doucement dans ton fjord, à l’intérieur de ton Rocher-Percé à la recherche de quelques fossiles de plaisir hydroélectrique. J’ai envie de te faire crier dans tous les accents, de te faire jouir sans faute d’orthographe.

Une odeur de fête nationale flotte dans l’air et chatouille mes rêves de révolution tranquille. Je rêve d’un pays, d’une nation, d’un seul peuple sans frontière de couleur ou de langue, mais qui fait l’amour en français.

Jean-Michel Girouard
sept. 2010

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