Pascal Pico Larouche

L’immédiat

Nécrophile

Je me satanise au salon

Je mange me goinfre m’hélium

J’ai besoin d’immédiat

Besoin d’immédiat

Je vote à reculons

Je walmartise mon fils

J’enseigne ma famille au magasin à une piasse

Me désaltère au centre d’achat

Je suis viande de Chevrolet

Je suis un produit de l’industrie de l’immédiat

J’ai besoin d’immédiat

Toujours besoin d’immédiat

Je tremble en soufflet de vapeur fumigène

En fumet incendiaire de souffre fort

Déchet sur rivière de smog

Toujours épris d’immédiat

Toujours besoin d’immédiat

De l’immédiat et du jetable

Grès de sédiment de chique

Sur le jello du St-Laurent

Qui déverse un givre vert

Comme couleuvre sur pays

Glisse sur vase noir cellophane

Sculptant le rock bouclier

Dix tonnes de dynamite brachiosaure

Dans le champignon que j’habite

Ma gorge grince de métaux lourds

Mes poumons ne bronchent pas

Coke épaisse qui dilate mes yeux

Dont l’humeur est un crachat arachnéen

Flamme de sang

Phénix déplumé

Je crève mais aveugle

Je suis quand même épris d’immédiat

Overdose de ciguë

Sangle sur les seins

Dans ma langue coupée

Je veux l’immédiat

Je mange pour l’immédiat

Je suis épris d’immédiat

Je pense à l’immédiat

Je dépense pour l’immédiat

L’immédiat c’est ma trompe

L’immédiat ma doléance

Mon œillère

Je suis fou de l’immédiat

Je travaille pour l’immédiat

L’immédiat c’est ma chlamydia

La médiatisation de l’immédiat

Ma médiation ma méditation

Toujours épris d’immédiat

Toujours besoin d’immédiat

De l’immédiat et du jetable

Toujours épris d’immédiat

Toujours besoin d’immédiat

De l’immédiat de l’immédiat de l’immédiat

Le stress

Le stress entre en mes entrailles comme la bactérie informe de me vie urbaine

Et je tremble en jarre craquelée de pain de caféine

Je suis un rongeur à queue tressée dans la dynamite infarctus d’un tonnerre

Je grince des dents à cailler l’émail, à m’en faire péter les couille

Et je cours en moi-même

Immobile

Je me retourne dans ma propre chair

Mon centre de gravité m’aspire et toute la pression du monde vient de l’intérieur

La vie pète ses matadores de silence sur mon cou cure-pipe

J’implose alors en millier de gouttelettes acides

Le goût des geysers au cœur

Et ce même cœur est le maillon d’une chaîne tirée par quatre rhinocéros

L’autre jour une vieille m’a dit :

Va sur le lac et soupire sur une branche

Prends un six pack

Et hume ta délivrance

Mais au cas où je n’en serais pas capable, et s’il arrivait quelques chose

J’ai peur de ne pas arriver à temps

J’ai peur de ne pas être mon être

J’ai peur de ne pas être conforme

Et je stresse

Je stresse d’être stressé

Le stress me stresse

Peureux dans ma peur

Heureux dans l’hapiness

Le stress me tresse le chest

Il est ma faiblesse

Il me blesse

Il m’enclume

Il m’encule

Il est ma mort

Qui remonte en mon échine

Comme le fruit d’un orgasme pulmonaire

Et je goûte alors

Dans mon palais séché

L’acariâtre reflue de la ciguë d’oxyde

L’autre jour une vieille m’a dit :

Prends un tit-breck ça va faire du bien à tout le monde icitte

Respire,

Jouis de la sangle fumigène des valérianes dorée

Paix, ashram, villas et ignorance

Ben

Soit ben

Soudain,

Je me réveille en sursaut et je suis dans la ville

Debout, sur la ligne jaune flashante d’un boulevard abimé

Il est quatre heures et quart et les chars me traversent le corps et provoquent en mon fantôme des chocs nucléaires

J’émane alors en spasmes tectoniques des vibrations pendant que mon cri suraigu perce les tympans et effrite les osselets des habitants du monde

C’est ainsi que le stress devient contagion

Pandémie

Le stress est cloison

Le stress est doute

Une mode tremblante qui effiloche la pensée

Un coup de point dans le ventre

Un boulet de l’agenda de plomb

Je ne sortirai jamais de mon carcan

Comme si on m’avait injecté du malaise à ma sortie de l’usine de Dieu

Chu d’une hécatombe

Je shake comme si on m’avait jeté dans un malaxeur de potion tonique

Comme si on avait cassé mon moule de pâte de chaux et de Red Bull

L’autre jour une vieille m’a dit :

Va sur le lac et soupire sur une branche

Prends un six pack

Et hume ta délivrance (bis)

La grogne me pogne

La grogne me pogne

Pis j’t’en esti

La grogne me cogne

Me zigonne

Elle me pognasse

Au cœur

Et la rage m’arrache

Les dents en étau

La furie m’attache

Et je crie, et j’en bave et je crache

Pendant au bout des cordes de mon arc

Pendant que mon bourreau dit a TV que tout va bien

Pan derrière la nuque

No futur jusque dans la lutte

J’en hais une criss de gang dans vie

Les flics

les curés

les menteurs

les impostillonneurs

Les faiseurs de lois

Les faiseurs de trouble

Les toucheurs de langue de bois

Les adécaquistes

Les polluticalleux

Les immédias sociaux

Comme si ma meute était en guerre

Sur les trottoirs, les garages, les auberges, les centres d’achat, dans les partys de familles, les banlieues trois petits points dans face

Trois petits points de soudures

Trois petits cochons qui font dur

Je pense à tous ces gens

Misanthrope

Et aux discours myopes

« Je fais comme si

Je suis comme ça

On me changera pas»

Va chier tabarnac

Et pis la grogne me sonne

Et résonne

Théâtrale

Je chique ma grogne

De la bubble grogne

Je la déballe lentement

J’entends les craquements

De son papier ciré

Et je sais qu’elle sera apaisante

Je la mastique, la remâche comme les idées de «c’est assez de faut que ça change»

Et je l’avale

Elle me collera dans l’estomac jusqu’à ce que je la rechise

Sur tout ceux qui m’ont fait chier jusqu’ici

Je suis Zen

Zen

Jusqu’à l’apatrie

Va sur le lac

Un moine bouddhiste dans une pharmacie

Toujours

De plus en plus

Zen

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